Design Audio · Comprendre le numérique

Les filtres numériques : le réglage le plus audible de votre DAC

Phase linéaire, phase minimale, slow roll-off, NOS, apodisant… Ces intitulés dorment dans le menu de votre convertisseur, et ils changent souvent plus le son qu’un passage de 16 à 24 bits. Voici ce qu’ils font réellement — et pourquoi aucun n’est « le bon ».

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Par Jeff Locatelli — Fondateur de Design Audio · Expert haute fidélité

Pourquoi un filtre est obligatoire

Un convertisseur ne produit pas une courbe continue : il génère une suite d’échantillons. Mathématiquement, cette suite contient le signal utile et ses images, répliques du spectre autour de chaque multiple de la fréquence d’échantillonnage. En 44,1 kHz, une note à 15 kHz s’accompagne donc d’images à 29,1 kHz, 59,2 kHz, etc. Il faut les supprimer : c’est le rôle du filtre de reconstruction. Sans lui, ces ultrasons partiraient dans l’amplificateur et le tweeter, où ils créeraient de l’intermodulation — de la distorsion, cette fois bien audible.

Le filtre n’est donc pas une option esthétique : c’est une nécessité mathématique. Toute la question est de savoir comment filtrer.

Le dilemme fondamental : temps contre fréquence

Un principe incontournable du traitement du signal : on ne peut pas être parfait dans les deux domaines à la fois.

Le compromis, en une ligne
  • Filtre très raide — excellent dans le domaine fréquentiel (coupe net) — mais réponse impulsionnelle longue, donc ringing
  • Filtre très doux — excellent dans le domaine temporel (impulsion courte) — mais laisse passer des images
  • Le phénomène de Gibbs — toute coupure brutale dans le spectre produit des oscillations dans le temps — c’est le ringing
  • Conclusion — il n’existe pas de « meilleur » filtre, seulement des compromis assumés
Phase linéairePhase minimaleNOS (sans filtre)pré + post-ringingpost-ringing seulaucun ringing
Trois compromis temps/fréquence. Le pré-ringing (avant l’impulsion) n’existe pas dans la nature.

Phase linéaire ou phase minimale ?

C’est le choix le plus visible dans les menus des DAC modernes.

Phase linéaire (linear phase)

La réponse impulsionnelle est symétrique : le ringing se répartit avant et après l’impulsion. On parle de pre-ringing — un phénomène « non naturel », puisque rien, dans le monde physique, ne sonne avant d’être frappé. En contrepartie, le temps de propagation de groupe est constant : aucune fréquence n’est retardée par rapport à une autre, donc aucune distorsion de phase. C’est le choix par défaut de la plupart des constructeurs, et le seul rigoureux du point de vue fréquentiel.

Phase minimale (minimum phase)

Toute l’énergie du ringing est repoussée après l’impulsion : plus de pre-ringing, ce qui correspond mieux au comportement des instruments réels. Le prix à payer : le déphasage varie avec la fréquence (les aigus arrivent avant les graves, ou l’inverse selon l’implémentation). Beaucoup d’auditeurs le préfèrent ; c’est un arbitrage, pas un progrès absolu.

Apodisant (apodizing)

Idée introduite par Meridian : un filtre volontairement placé légèrement sous la fréquence de Nyquist, conçu pour effacer le pre-ringing accumulé en amont — celui des filtres de l’enregistrement, du mastering, de tous les maillons précédents. Il sacrifie un peu de bande passante extrême pour nettoyer la réponse temporelle de toute la chaîne. Une approche intelligente, dont l’effet dépend de l’enregistrement.

Le sur-échantillonnage (et son contraire)

Oversampling

La quasi-totalité des DAC sur-échantillonnent (×4, ×8, ×16…) avant de convertir. L’intérêt est mécanique : en montant la cadence, on éloigne les images, ce qui permet un filtre analogique de sortie très doux — donc peu de rotation de phase dans la bande audible. Le gros du travail est fait en numérique, où il est maîtrisable.

NOS (non-oversampling)

Certains constructeurs suppriment purement et simplement le filtre numérique. Les conséquences sont parfaitement mesurables :

Ce que fait réellement un DAC NOS
  • Roll-off intrinsèque — la restitution « en marches d’escalier » atténue naturellement le haut du spectre : environ −3,9 dB à 20 kHz en 44,1 kHz (fonction sinc)
  • Images non filtrées — les répliques ultrasoniques subsistent et peuvent créer de l’intermodulation en aval
  • Zéro pre-ringing — aucun filtre numérique, donc aucun artefact temporel ajouté
  • Bénéfice réel — une réponse temporelle très propre — au prix de la réponse en fréquence
  • Notre lecture — un parti pris cohérent et parfois très musical, à condition d’assumer ses compromis

Les « taps » : de quoi parle-t-on ?

Un filtre numérique FIR est défini par ses coefficients (taps). Plus il y en a, plus la coupure peut être raide et précise — au prix d’une latence et d’une puissance de calcul accrues. Certains constructeurs, comme Chord avec ses filtres WTA implantés dans des FPGA, revendiquent des nombres de taps sans commune mesure avec ceux des puces du commerce : leur argument est qu’un filtre plus long reconstruit plus fidèlement le timing du signal original. D’autres estiment qu’au-delà d’un certain point, le gain devient inaudible. Les deux camps ont des arguments ; l’oreille tranche, système par système.

Repères sur les filtres
  • Filtre FIR — défini par ses coefficients (taps) — la réponse impulsionnelle du filtre
  • Filtres de puce du commerce — typiquement quelques dizaines à quelques centaines de taps
  • Filtres FPGA propriétaires — des dizaines de milliers, voire davantage — approche Chord/WTA
  • Ce que ça coûte — latence, calcul, consommation
  • Ce que ça vise — une reconstruction temporelle plus fidèle entre les échantillons

Slow / sharp roll-off : le menu de votre DAC

Derrière les intitulés des puces ESS, AKM ou Cirrus, on retrouve toujours les mêmes arbitrages :

Décoder les réglages
  • Sharp / Fast roll-off — coupure raide juste sous Nyquist — meilleure réjection des images, ringing plus marqué
  • Slow roll-off — pente douce — impulsion plus courte, mais images partiellement laissées passer
  • Linear phase — ringing symétrique (pre + post), phase parfaitement constante
  • Minimum phase — ringing uniquement après, mais phase variable
  • Brick wall / Apodizing — coupure très raide, ou filtre nettoyant le pre-ringing amont
  • NOS / Bypass — aucun filtre numérique — roll-off naturel et images non traitées

Un conseil pratique : ces réglages s’entendent souvent plus nettement qu’un passage de 16 à 24 bits. Prenez le temps de les comparer sur vos disques — c’est gratuit, et bien plus instructif qu’un changement de câble.

Notre position

Le filtre est l’un des paramètres les plus audibles d’un convertisseur, et l’un des rares que l’auditeur peut lui-même explorer. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix dans l’absolu : il y a un compromis temps/fréquence, et une préférence — la vôtre, sur votre musique, dans votre pièce. Ce que nous refusons, c’est le dogmatisme : ni « le NOS c’est la vérité », ni « seule la phase linéaire est correcte ».

DAC (convertisseur numérique-analogique) : tout comprendre →

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Questions fréquentes

Pourquoi un DAC a-t-il besoin d’un filtre ?
Parce que l’échantillonnage crée des images du spectre au-dessus de la bande audible. Sans filtre, ces ultrasons atteindraient l’amplificateur et le tweeter, provoquant de la distorsion d’intermodulation. Le filtre est une nécessité mathématique, pas une option.
Phase linéaire ou phase minimale, lequel choisir ?
C’est un arbitrage. La phase linéaire ne déforme pas la phase mais produit du pre-ringing (une oscillation avant l’impulsion, non naturelle). La phase minimale supprime ce pre-ringing mais déphase selon la fréquence. Écoutez les deux sur vos disques : c’est le seul juge.
Qu’est-ce que le pre-ringing ?
Une oscillation qui apparaît avant l’impulsion, produite par les filtres à phase linéaire. Rien dans la nature ne sonne avant d’être frappé, d’où l’intérêt porté aux filtres à phase minimale ou apodisants.
Un DAC NOS est-il meilleur ?
C’est un parti pris. Il évite tout artefact de filtre numérique, mais atténue naturellement l’aigu (environ −3,9 dB à 20 kHz en 44,1 kHz) et laisse passer des images ultrasoniques. Cohérent et parfois très musical, à condition d’assumer ces compromis.
Le nombre de taps compte-t-il ?
Plus de taps permet une coupure à la fois raide et précise, au prix de la latence et du calcul. Certains constructeurs (Chord, via FPGA) en font un argument central de reconstruction temporelle ; d’autres jugent le gain inaudible au-delà d’un seuil. À écouter.
Quel réglage de filtre choisir sur mon DAC ?
Il n’y a pas de réponse universelle : cela dépend de l’appareil, de l’enregistrement et de vos préférences. Comparez-les sur vos disques familiers — c’est souvent plus audible qu’un changement de format ou de câble.

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Le bon filtre, c’est celui que vous préférez

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